Type
PAT
Auteur(s)
Bouakra N., Mariani D., Damien Davy
Année
2013
Titre
Invité D. Davy - En Guyane, un fleuve en partage
Revue/Programme
France Culture
Édition
29 mai 2013, Émission radiophonique
Numéro
Pagination
OHM concerné(s)
  • OHM Oyapock

Un territoire qui ne connaitrait pas parfaitement ses contours, mais chercherait toujours ses bornes et limites, est-ce un territoire rêvé ?  Est-il tangible ? Les frontières guyanaises sont fixées bien tardivement à l’Ouest en 1891, à l’Est en 1900 et au Sud en 1956 et restent sujettes à des désaccords. C’est en Guyane que la France partage sa plus longue frontière terrestre avec le Brésil : plus de 700 kilomètres dont plus de 400 au long du fleuve Oyapock. Sur cette terre amazonienne, les fleuves sont moins des barrières naturelles que des artères de vie et de passage.  Ce fleuve délimite, fait frontière à la façon d’une ligne de craie sur un document officiel, mais ne crée aucune altérité radicale. Les deux rives sont les deux mamelles d’une même identité amazonienne : brassée et débrouillarde. Comme le souligne l’anthropologue Françoise Grenand : « une frontière ne fait souvent que filtrer et canaliser des relations entre des espaces qui existeraient et existent sans elle ». D’ailleurs, c’est ici que s’apprivoise depuis deux siècles une nouvelle façon d’être au monde : le surgissement d’une « condition cosmopolite ». Cependant quelques siècles après les conquêtes et l’eldorado, les fronts pionniers continuent de repousser les limites établies et une poussée démographique brésilienne devance les plus sérieuses prévisions des géographes et politiques. En effet, l’équilibre fragile des populations locales pourrait bien être remis en cause par des bouleversements démographiques et de grandes ambitions géopolitiques. L’ouverture d’un pont « matérialisant la frontière », conçu pour filtrer les marchandises et les hommes et relier l’Europe au Mercosur vient inscrire ce territoire dans un axe mondialisé et régulé.